Coffret monoxyle sculpté d'un rébus avec une inscription en gothique médiéval

daté mil dlxviii -1568 - XVIe siècle ? Picardie ?

 

Coffret monoxyle sculpté sur quatre faces : a) sur un côté, de gauche à droite : une inscription en gothique médiéval : C’est ici le caset qui est fet en lan mil d lxviii [1568] ; un sablier (?); un loup (?) ; au-dessus et au-dessous, gravées d'une main plus maladroite, deux frises de lignes brisées; b) sur l’autre côté, un rébus comprenant, parmi d’autres signes ou images, une rouelle, un coq, un x, une tête de femme (?) , des « œils » concentriques. Les deux extrémités sont gravées maladroitement, l’une de lignes sans ordre apparent, l’autre d’ « oeils » mal tracés ; au-dessus du rébus, la frise commencée s’arrête pour laisser place à une inscription en petits caractères qui répète la première sur un mode négatif : Nonqle caset est fet en lan m… (= le coffret n’est pas fait en l’an mil). Le coffret dont les parois sont plus épaisses aux extrémités comprend deux logements, un grand et un petit ; la tranche est gravée de lignes ondulées auxquelles s’attachent des feuilles lancéolées. Il manque le couvercle qui coulissait dans une rainure grossière.

Longueur : 28 cm ; largeur : 8/ 8,5 cm ; hauteur : 6 cm

Picardie ? XVIe siècle ?

Nous n’avons aucune certitude concernant l’origine et la datation de ce coffret. Les éléments qui permettraient de le dater du seizième siècle, en dehors du style des dessins et de la patine du bois, sont les suivants: a) la date mil et dlxviii (1568) gravée en gothique médiéval cursif ; b) l’écriture du gothique médiéval est maîtrisée dans sa forme cursive, notamment le C majuscule et le x de la date ; c) l’emploi du mot caset en moyen français (prononcer casset) ; d) le rébus dont la mode, venue de Picardie, d’où provient peut-être ce coffret, s'est répandue en France au seizième siècle chez les clercs, puis est tombée en désuétude. La dénégation à propos de la date (Nunq...) peut être due soit au fait que l'inscription dans le cartouche semble dire que le coffret a été fait "en l'an Mil". Il est possible que cette dénégation ait été gravée par une autre main en même temps que les frises et les dessins maladroits des extrémités.

Le mot casse était encore utilisé au seizième siècle pour désigner un coffre. Le mot casset désignait alors un petit coffre ou coffret (F.Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXème au XVème siècle, 1880-1895 : « Ung casset de boys ».).

Dans un article savoureux sur l'histoire du rébus français (editions.bnf.fr) Maxime Préaud cite notamment l’Histoire du rébus de J-C. Margolin qui explique que les rébus de Picardie apparaissent à la fin du quinzième siècle et deviennent à la mode au début du seizième. Il rappelle, comme O.Delpierre dans son Essai historique et bibliographique sur les rébus la diatribe de Rabelais contre les « transporteurs de noms » dans Gargantua (I,9). Marot évoque lui aussi les rébus de Picardie dans un poème cité par M-C. Leber  (Coq à l’âne à Lyon Jamet).

Les exemples d’anciens rébus que donne O. Delpierre dans son livre illustrent assez les difficultés insurmontables que pose leur interprétation : comme l’explique Maxime Préaud, quand ce ne sont pas des mots oubliés ou des mots de patois, c’est la prononciation qui a changé, ou la connotation qui nous échappe. Dans l’exemple reproduit ci-dessous : c nez cabu dame ours, il faut déjà connaître le C gothique majuscule (qui est la première des lettres gravées sur notre coffret) mais il faut savoir aussi qu’en moyen français, un choux pommé se dit chou cabus (de cabusser).

Ce n'est qu'abuz d'amours

 

 

Delpierre insiste sur le fait que les rébus de Picardie portent leur nom à juste titre parce qu’ils ne peuvent être lus que par ceux qui savent les mots picards et leur prononciation (op.cit, p.13). Il évoque l’engouement pour les rébus au seizième siècle qu'il met en parallèle avec le succès des calembours sur les enseignes et les armoiries. Le coq gaulois lui-même, dit-il, ne fut d’abord qu’une figure de rébus pour désigner les Français (Galli).

« Les rébus surgissent en Picardie comme les pommes chez un peuple voisin. » notait M. C. Leber en attribuant aux Picards la paternité du genre comme l’avait fait avant lui l’auteur des Bigarrures du Seigneur des Accords, publié à Paris en 1563, soulignant qu’on disait alors rébus de Picardie comme canivets de Moulins, moutarde de Dijon, etc. Leur succès est tel, expliquait-il, que l’Église s’en est emparée. Il reproduisait ainsi dans son livre une « prière à la Vierge » dont le texte, calqué disait-il sur un livre d’heures imprimé en 1500, avait été mis en rébus : 

 

 

 

Références : Maxime Préaud « Brève histoire du rébus français, suivie de quelques exemples de rébus pour la plupart inédits », Revue de la Bibliothèque Nationale, n°18- 2004) ; Rébus de la Renaissance: des images qui parlent. 1. Histoire du rébus, par Jean-Claude Margolin 2. Rébus de Picardie : les manuscrits f. Fr. 5658 et 1600 de la Bibliothèque nationale, éd. et commentaires par Jean Céard, Paris, Maisonneuve et Larose, 1986, 2 vol. Jean-Claude Margolin avait déjà donné une longue étude, « Les rébus au XVIe siècle : histoire et structure », Revue des sciences humaines, no 179 (juillet-septembre 1980) p. 23-46. (Références données dans son article par M. Préaud) ; O. Delpierre, Essai historique et bibliographique sur les rébus, Londres, 1870. ; M-C. Leber, Coup d’œil sur les médailles de plomb, le personnage de fou et les rébus dans le Moyen-âge, Paris 1833 ; enfin n’oublions pas : Les Bigarrures du Seigneur des Accords, Paris, Chez Jehan Richer, 1563.