Le coffret de Jean de Chorin, Jonzieux, Loire, Auvergne, XVIIIe siècle

 

 Coffret en bois sculpté et gravé. Le couvercle est orné d’une rosace ourlée à l’intérieur de laquelle s’inscrit une seconde rosace ourlée, avec autour cinq animaux de la ferme (coq, poule, lapin, âne, chien) et à gauche l’inscription : VIVE JEAN 9 DE CHORIN (9 étant une abréviation médiévale pour US il faut donc lire JEANUS). Au centre de la rosace a été gravée la date 1749. Les côtés du coffret sont ornés chacun d’une fleur de lys dans un double cercle. Sur la face avant, un ruban gravé de dents de loups forme une grande rosace ourlée avec au centre un cœur dans un cercle marqué de points ; de part et d’autre de la rosace, deux arbres portant des petits fruits ronds en grappes, les feuilles (ou fruits ?) de l’un marquées de petits points et munies de pointes (ou épines ?) sur le pourtour ; devant le premier arbre est gravée la silhouette d’un homme (nu ?) debout, sans bras, faisant face à un animal dont les pattes se terminent par des sabots et dont la longue queue relevée se termine par un plumet ; la face arrière est ornée d’une rosace dont le centre est strié d’un croisillon et de part et d’autre sont gravés deux arbres à feuilles pennées portant des fruits qui ressemblent à des cerises, le tronc de l’un des arbres ondoyant, l’autre droit. 

Longueur : 33 cm ; largeur : 22 cm ; hauteur : 20,5 cm.
Jonzieux, Loire, Auvergne, XVIIIe siècle

Le coffret de Jean de Chorin a subi plusieurs dommages. Il n’est pas seulement bancal, à cause de sa base accidentée mais sa hauteur a été réduite : il manque environ plusieurs centimètres dans le haut des décors. Un éclat du bois en haut de la face avant semble être dû à l’arrachage d’une serrure. Le coffret était à l’origine plus haut de plusieurs centimètres, comme le coffret à décor de rosace ourlée de la collection Beaucourt photographié dans le livre de Roger Verdier Les bois sculptés du XVe au XXe siècle sous le n°116, qui mesure 25 cm de haut. Comme je l'ai dit, le coffret n’a pas seulement été réduit en hauteur, son décor est composite. S’il n’est pas exceptionnel que le couvercle d’un coffret ne soit pas de la même essence que le corps, les figures ornant le couvercle et la face avant ne semblent pas avoir été sculptées par la même main.

 

   

  L’inscription VIVE ou W est très commune sur les objets des Alpes mais rare sur des objets auvergnats. Le marchand qui m’a vendu ce coffret m’a dit qu’il provenait des environs de St Etienne. L’inscription confirme cette origine : Jean de Chorin est né en 1700, au lieu dit Chorain à Jonzieux, une commune du département de la Loire limitrophe de la Haute-Loire où il est demeuré jusqu'à sa mort en 1763. Son grand-père, André de Chorin (1629-1699) était tissutier : il faisait des rubans et des passementeries, métier qui venait alors d’être introduit en 1660 à Jonzieux, où existe encore aujourd’hui une maison-musée de la passementerie. Son père Barthélémy n’exerçait apparemment plus ce métier mais celui de laboureur. Les archives paroissiales de Jonzieux ne mentionnent pas le métier de Jean de Chorin : le décor animalier du couvercle laisse penser qu'il pouvait être fermier. 

La répartition hasardeuse des animaux gravés sur le couvercle et l'inscription mal disposée contrastent avec le tracé impeccable de la rosace ourlée. On constate une même différence sur la face avant du coffret entre la qualité du dessin de la rosace et des arbres et la sculpture grossière de l'homme et de l'animal. On note également que la silhouette de l'homme a été gravée par-dessus la base du feuillage. Il est donc plus que probable que les deux figures de la face avant, de même que celles des animaux de la ferme ornant le couvercle, ont été gravées postérieurement. 

Nous pouvons donc supposer qu'à l'origine le coffret mesurait près de 25 cm de haut, et que son décor comportait sur le couvercle une rosace ourlée, sur ses faces avant et arrière une rosace ourlée entre deux arbres majestueux et sur chaque côté une fleur de lys dans un cercle double. Après l'arrachage de la serrure et la réduction des quatre panneaux, le nom Jean de Chorin ainsi que les figures auraient été gravés sur le couvercle et la face avant. 

Bibliographie : Roger Verdier, Les bois sculptés du XVe au XXe siècle ; Georges Dubouchet, Le musée des campagnes I pp.223-224; Georges Dubouchet, Les fées aux doigts magiques, p. 459.